22/05/2009

sans nom, sans forme

Ça y est. Je ne peux plus nier ma tendance spirituelle dominante. Je ne peux pas m'exclamer que je ne suis pas une connasse de mystique. Je ne peux pas contredire le fait que je sois prise corps et âme à la confection d'une oeuvre qui ne fait rien que tracer les contours de mes propres croyances. Cette oeuvre qui prêche, cette oeuvre qui ressasse intérieurement des certitudes n'aurait jamais du voir le jour. Elle a eut raison de ma tendance à rejeter tout système. Cette fois-ci elle n'est pas crachée, mais tissée. Ce n'est pas l'oeuvre d'une bête mais la vision d'un insecte soigneusement décrite. J'écris plusieurs heures en écoutant des chants sacrés qui vénèrent le nom de dieu, dans une langue qui m'est intimement familière. Et être l'écho de plusieurs voix qui trouvent leur synthèse en un cri simple et unique, des voix qui voguent dans le même sens, comme décrivant machinalement la couleur d'une eau changeante, celle des rivages, celle du fond marin, celle de la vague, mêlées et mystérieuses, ne fait de moi qu'un catalyseur.
On dit que placer des mots réduit le sens de l'idée. Mais que signifie donc rassembler des idées pour nourrir ce qui, au final, n'a pas besoin de mots. Je cultive les semences et les place maladroitement sur le terrain fertile de mon esprit. La façon dont elles peuvent germer dans d'autres esprits n'est pas de mon ressort. Car quand elles pénètreront à la lumière elles ne m'appartiendront déjà plus.
Certaines personnes ne comprennent pas l'acte de faire ou donner quelque chose sans attendre quoi que ce soit en retour. Je n'ai jamais été douée pour donner aux autres, surtout à des personnes en particulier. Mais intimement je me suis toujours sentie capable de sacrifice, et pas dans le sens biblique du terme. Le sacrifiant n'attend rien en retour. Et je ne pourrais jamais jugé ni même laisser quelqu'un d'autre juger de la valeur de ce que je donne.
Dans mon esprit l'importance des choses revêt un caractère spécialement jouasse. Je ne cesse de répéter que tout est mouvement, et prendre part à ce moment c'est lâcher prise sur tout ce qui fait partie de l'existence. Comme un enfant qui se défait d'un jouet, ignorant sa valeur monétaire. Enfant je n'ai jamais eu de doudou, le seul objet auquel je me souviens avoir été attaché est un coussin que je tripotais, pour la qualité de son tissu, aujourd'hui encore j'ai gardé cette manie, mais le coussin n'est plus, par contre je retrouve la qualité de ce tissu ailleurs. J'ai souvent abandonné des choses auxquelles je me lie et qui me font du bien, comme des êtres qui me témoignent d'affection. Mais ça ne m'a jamais rendu triste de le faire, ce qui me rendait triste c'est le lien qui s'imposait à moi comme immuable, face à ma conviction que tout se détériore et qu'il m'est impossible de rester figer dans une relation. Cette tendance à la fixation m'a toujours semblé absurde et j'ai souvent eu du mal à l'expliquer autrement que par le silence. Car le silence impose un caractère temporel, et donc détériorant. Il active le processus. D'ailleurs je ne devrais jamais l'expliquer, car moi-même je n'en comprends pas la signification profonde. Je peux à peine saisir intellectuellement ce qui s'impose à moi.
Le seul acte d'écrire est une manière d'imposer des images qu'on pourrait croire figées. Mais le simple fait que leur lecture soit sujette à plusieurs interprétations me ravit. Car il n'en sera pas une qui ne sera pas révélatrice.
J'aime l'idée de dissolution, et surtout quand elle se rapporte à celle de ma vie. J'aime l'idée qu'on se joue là-haut de l'importance qu'un individu attribut aux choses, et particulièrement à son existence, en la limitant à une succession de faits, auxquelles il ne trouvera sûrement jamais un sens.

22:12 Écrit par La Baleine dans Saturne | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

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Écrit par : n | 24/05/2009

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Écrit par : Mil' | 27/05/2009

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